Carnet d'hiver
Les basses vallées angevines, un pays qui vit au rythme des crues
Au nord d'Angers, trois rivières se rapprochent et finissent par se confondre. Autour d'elles s'étend une grande plaine de prairies que l'eau recouvre presque chaque hiver.
Sur une carte, cela ressemble à une main ouverte : la Mayenne arrive de l'ouest, la Sarthe du nord, le Loir de l'est. Ensemble, elles forment la Maine, une rivière très courte qui traverse Angers avant de se jeter dans la Loire. Tout autour de ce carrefour d'eau, les terres sont si basses que les crues d'hiver s'y étalent librement. C'est ce qu'on appelle les basses vallées angevines.
Des prairies qui deviennent des lacs
La première fois que l'on voit ces vallées en février, on peut croire à un grand lac. Les haies dépassent à peine, les routes qui traversent la plaine sont parfois coupées, et les villages semblent posés au bord d'une mer intérieure. Quelques semaines plus tard, l'eau se retire, laissant des prairies d'un vert très vif, des mares et des fossés pleins.
Ce cycle n'a rien d'une catastrophe : il fait partie du paysage depuis toujours. Les maisons anciennes ont été bâties sur les points hauts, les chemins suivent les levées de terre, et les agriculteurs savent que ces prés ne se travaillent pas comme les autres. On y fait surtout du foin et on y met les bêtes à pâturer quand le sol est ressuyé.
Un refuge pour les oiseaux
Ces prairies humides sont reconnues comme un milieu naturel de grande valeur, et elles font l'objet de mesures de protection. La raison principale se voit, ou plutôt s'entend, au printemps : de nombreux oiseaux viennent y nicher ou s'y reposer pendant leur migration.
Le plus célèbre est sans doute le râle des genêts, un oiseau discret que l'on n'aperçoit presque jamais mais dont le cri répété, un peu grinçant, résonne la nuit dans les hautes herbes. Pour lui laisser le temps d'élever ses petits, une partie des prairies est fauchée tardivement, souvent en accord avec les éleveurs. En hiver, ce sont plutôt les canards, les vanneaux et les grandes aigrettes blanches qui animent les étendues d'eau.
Comment les découvrir
Il n'est pas nécessaire d'être ornithologue pour apprécier les basses vallées. Voici ce qui marche bien pour une première visite :
- Commencer près d'Angers. L'île Saint-Aubin, aux portes de la ville, donne un bon aperçu de ces paysages avec des chemins faciles.
- Venir à pied ou à vélo. Les petites routes qui traversent les prairies sont calmes, mais l'on ne s'arrête pas n'importe où en voiture.
- Emporter des jumelles. Même une paire modeste change complètement l'expérience.
- Rester sur les chemins au printemps. C'est la période de nidification : piétiner les herbes hautes peut détruire des nids posés au sol.
- Vérifier les routes en hiver. Lors des crues, certaines voies sont fermées et il ne faut jamais tenter de passer dans l'eau, même peu profonde en apparence.
Un paysage qui se mérite
Les basses vallées ne cherchent pas à plaire. Il n'y a ni grand panorama ni monument à photographier. Ce qu'elles offrent, c'est une lumière particulière, des ciels immenses, le silence d'une plaine où le seul bruit est parfois celui du vent dans les roseaux. On y revient pour voir ce qui a changé depuis la dernière fois : le niveau de l'eau, la couleur des prés, les oiseaux arrivés ou repartis.
Pour qui habite le coin, c'est aussi un rappel utile : ici, c'est l'eau qui décide du calendrier. Les habitants ont appris à s'en accommoder plutôt qu'à la combattre, et c'est sans doute ce qui donne à ces vallées leur caractère si paisible.
Un geste simple
Chiens tenus en laisse, déchets remportés, pas de cueillette de fleurs dans les prairies protégées : ces règles de bon sens suffisent à préserver ces lieux fragiles.